l'immeuble s'est effondré il y a un an
mais nous préférons continuer à passer l'aspirateur dans les
gravats.
Quand les voisins font trop de bruit nous tapons dans le vide, sur les murs virtuels que nous avons inventés
pour délimiter les appartements.
Ces murs virtuels,
sans eux, c'est la rue qui nous pend au nez.
Et quand je dis la rue,
je veux dire le trottoir, les grilles du métro,
le regard des passants.
Ce studio, c'était toute ma vie, c'était mon cocon de guérison. Quand je rentrais du travail
je me ressourçais rien qu'en regardant le canapé.
Aujourd'hui
quand je vois les jambes cassées du tabouret,
mes yeux s'accompagnent de fortes pluies.
Je lave les parpaings qui correspondent à mes anciens murs. Dans mon dos je sens les yeux de tous ces regardeurs insolents
qui pullulent sur les trottoirs.
L'autre jour un type s'est arrêté
pour me regarder faire le ménage : monsieur,
vous voyez bien que ça ne sert à rien de passer la serpillière.
Et moi : vous ne pouvez pas me voir !
Il y a le mur virtuel
Aldo QURESHI (France)
Extrait de La nuit de la graisse (Prix CoPo des lycéens 2021)
© Éditions Atelier de l’agneau, 2019






