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De la même manière que les escrocs comptent sur l'avocat redoutable qui les tirera encore une fois d'affaire, on répète nos travers en comptant sur l'excuse qui nous rachètera à nouveau. Ou encore, on spécule pendant des heures sur ce qu'on va faire, si bien qu'à la fin de la journée, il est trop tard pour se mettre en mouvement, et nos prétentions d'action ont plutôt l'aspect de l'immobilité, de gens assis autour d'une table. Si l'expression grand parleur, petit faiseur nous renvoie chacune à la personne qui en serait pour nous l'incarnation, elle me rappelle ce garçon que j'ai connu, qui avait pour habitude de parler de ce qu'il aurait pu faire, de ce qu'il aurait voulu faire ou de ce qu'il ferait, comme pour vivre une idylle parfaite mais imaginaire avec ses rêves. Au début, j'ai compati, mais ensuite j'ai compris que les empêchements étaient en fait des remparts. J'ai compris que son échafaudage de discours n'était en rien temporaire, qu'il s’y réfugiait de peur que ses actes ne le déçoivent. Quand un avion décolle, il quitte le sol pour dépendre de l'air; quand on fait une chose, on quitte l’idée pour le réel, on accepte de perdre le contrôle du scénario pour entrer dans l’expérience. Or, de ça, je l’ai su bien plus tard, ce garçon en était incapable.

 

Camille Readman Prud’homme (Quebec)

© Revue muscle, N°49, juillet 2026

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